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Ateliers créatifs et tablettes multimédia

Les technologies mobiles modifient notre façon de communiquer, de travailler, d’apprendre, de se divertir… Sur ce point, ces dernières années ont été pour le moins fécondes , les développeurs redoublant d’imagination pour exploiter ces petites machines. Uniquement dans le domaine musical, chaque semaine apporte son lot d’applications innovantes (et pas seulement pour les musiques électroniques). Certaines applications, parfois conçues par de petits studios, réinventent la manière de s’initier à une discipline, par exemple musicale, en adoptant délibérément une approche vulgarisatrice (Toc and Roll ou TocaBand pour les plus jeunes). Ainsi, elles offrent la possibilité d’un divertissement créatif parfois étonnamment qualifiant. Faciliter l’accès à la culture, à la connaissance et à l’information, contribuer aux loisirs, à l’autoformation et à l’éducation de tous, entretenir et développer les pratiques culturelles, dans bien des cas, les applications mobiles ont un rôle à jouer auprès des acteurs/transmetteurs culturels. Pour les médiathèques, c’est l’opportunité d’actualiser leurs médiations, voir d’en inventer de nouvelles.

Des difficultés

Il ne s’agit pas d’être un relais au consumérisme pur, ni de tout miser sur le digital, mais plutôt de prendre le meilleur de la technologie, en lien avec nos missions, et d’être ainsi en phase, à défaut d’être en avance (et pas seulement pour les publics éloignés des TIC), avec ce qui fait la culture numérique aujourd’hui. La relative fermeture et l’aspect propriétaire de ces outils ne devraient pas occulter leur propension à toucher un nouveau public, à démocratiser l’accès à l’art, à réinventer notre rapport à la culture. Pendant que l’on s’interroge sur l’adéquation entre la neutralité de la collectivité et l’exploitation/médiation de ces technologies en son sein, ces dernières s’ancrent durablement dans les pratiques culturelles contribuant ainsi à la formation d’une fracture numérique qui ne concerne plus uniquement les publics éloignés… mais les institutions de transmissions culturelles elles-mêmes.

Au médiathècaire de rester vigilant et de ne pas transformer la médiathèque en show-room Apple. A cet effet, et quand c’est possible, il est effectivement préférable, du point de vue des valeurs d’égalité, de neutralité du service public, mais aussi parce qu’une bibliothèque se doit de posséder des collections pluralistes, de niveaux variés, sur des supports multiples, de favoriser la diversité des systèmes (Android, iOS, Windows et pourquoi pas un système libre comme le futur FireFox OS). En même temps, je m’interroge, gérer différents supports, implique de multiplier le temps de gestion de ces supports (gestions des restrictions publics, des mises à jour, …), ainsi que les accessoires (alimentations, coques et antivols, …). Jusqu’à maintenant, le fait que l’immense majorité des postes publics soient équipés en système Windows ne semblait choquer personne, mis à part quelques libristes… A ce sujet, les trois exemples d’applications ci-dessous ont un défaut commun : pour diverses raisons, entre autres techniques, elles ne sont disponibles exclusivement que sur une marque de tablette.

Pour Thomas Fourmeux, « le bibliothécaire est un applithécaire en devenir. Il ne s’agit pas d’abandonner ce qu’on faisait avant mais juste de rajouter une corde à notre arc et d’élargir l’éventail de services proposés en bibliothèques. » (via son blog, voir aussi son article sur les tablettes en bibliothèques). Heureusement, pour aider l’applithècaire en devenir, de nombreuses ressources opèrent déjà un précieux travail de sélection à l’image des excellents DeclicKids et La Souris Grise dans le domaine des applications jeunesse. Notons aussi l’apparition récente du premier catalogue d’applications Jeunesse collaboratif, BibApps, où chaque bibliothécaire qui le souhaite peut devenir « contributeur ». Si l’on met de côté les revers de cette offre foisonnante, mais inégale en qualité, que sont la dispersion chronophage, la « néomanie » et la difficulté à trier, cette période est des plus stimulante. A nous, transmetteurs culturels, de nous approprier ces outils.

Quelles stratégies d’accompagnement ?

Selon la durée des ateliers et l’engagement des participants et des animateurs, différentes approches sont possibles : ateliers semi-dirigés ou collaboratifs. De mon point de vue, se contenter de distribuer les tablettes, c’est risquer l’effet « show-room » déjà évoqué. Des applications comme celles citées plus bas permettent de concevoir une BD, un dessin animé, un morceau de musique. Aussi intuitives soient-elles, sans stratégies d’apprentissage/accompagnement, un public débutant ne fera que survoler l’outil sans en saisir les potentialités. De ce fait, il est souhaitable de définir des objectifs et de disposer de plusieurs séances. J’ai tendance à fonctionner de la manière suivante :

La première séance est dédiée à la découverte avec une présentation générale de l’application sur un grand écran, suivi par une distribution des tablettes aux participants afin que chacun puisse tester et créer individuellement avec le soutien des animateurs.
Les séances suivantes, plus ambitieuses, tenteront de  faire aboutir des œuvres un minimum structurées (en général, par groupe de deux) avec un début, un développement et une fin. En fonction des applications choisies et des objectifs de l’atelier, il est intéressant de faire des pauses pour prendre du recul et analyser ce qui a déjà été réalisé, partager les expériences de chacun…
Les objectifs communs à ces ateliers (en plus de la réalisation d’une oeuvre, de l’incitation à la création) sont, généralement, la découverte d’une forme artistique, le développement de l’observation et de l’esprit critique, le renforcement de l’auto-estime, de la concentration, de la capacité à travailler en groupes, etc…
Les objectifs plus spécifiques concerneront, par exemple, le développement des capacités écrites (Rosie BD), de l’expression de soi et du jeu d’acteur (ToonTastic),  des capacités d’écoute et d’organisation (RockMate), etc…
Tous ces objectifs habilement camouflés aux participants (mais pas à votre direction, ni aux éducateurs, enseignants ou parents selon le type de projet/partenariat…) ne pourraient être accomplis sans le plus évident d’entre eux qui fonde, en partie, l’efficacité de notre médiation : se divertir.

Une sélection d’applications pour ateliers créatifs

Les trois applications suivantes ont été testées et approuvées en condition d’ atelier avec du « vrai » public. Elles ne proposent rien de moins (et plutôt un peu plus) qu’une initiation respectivement à la création musicale, à la création de bande dessinée, ainsi qu’à la création de dessin animé.

RockMate, le studio de poche

Ainsi que mentionné en introduction, les applications de musique prolifèrent et ne cessent de s’améliorer. Surface de contrôle pour DAW, contrôleur MIDI ou effet pour instrument, synthétiseur, séquenceur… l’ipad grâce à son Core audio, sa gestion du midi et sa latence réduite est depuis sa première mouture un terrain d’expérimentations formidable pour les développeurs d’applications musicales et, par extension, pour les musiciens. Moins complet que GarageBand quant à la composition, Rockmate (2,69 €) est en revanche (encore) plus intuitif et accessible. Pour autant, les possibilités et le rendu sonore sont remarquables. L’application s’adresse plutôt à des adultes, pas forcément musiciens, même si les plus jeunes autour de 10 ans pourront commencer à s’initier au « bœuf ». Plus que vers la composition, c’est effectivement vers l’improvisation, l’expérimentation que nous convie cette application. Son concept est simplissime : l’interface, un modèle d’ergonomie, consiste en une seule « scène » regroupant 4 instruments (une batterie, un clavier/basse et deux guitares) pour jouer seul ou à plusieurs. Vous pouvez enregistrer votre performance en direct, faire des boucles, créer vos propres accords, ajouter des effets… La fenêtre centrale permet, entre autres, d’accéder à des styles (kits d’instruments avec, pour les guitares, des progressions d’accords  personnalisables). En situation d’atelier, je recommande de fonctionner par groupe de deux avec deux casques via un doubleur mini jack… Je consacrerai un article/tutoriel sur l’initiation à la M.A.O notamment avec cette application.

Retenez que celle-ci se distingue par son accessibilité et par la qualité des instruments échantillonnés. Ces derniers, tous mythiques (Jazzmaster, Stratocaster, Ludwig, Gretsh, Melotron, Rhodes, Wurlitzer, etc…), offrent une signature sonore originale pour une application mobile, en général plus portée sur les musiques électroniques, et en même temps, familière pour l’amateur de musique rock. Avec un casque ou branché sur une sono, c’est assez surprenant !
Pour des spécifications plus détaillées, je vous invite à visiter le site du développeur français FingerLab.

Rosie se la raconte

Rosie BD (1,79 €) permet aux enfants (à partir de 8/9 ans) de créer facilement une planche de BD en reprenant l’univers d’un dessin animé au format court et à l’humour très caustique dans l’esprit des comic trips américains. Rien de fondamentalement neuf et pourtant, après l’avoir testé, on se demande pourquoi il n’y a pas plus d’applications sur ce modèle. On choisis une mise en page avec un nombre de cases (comic trip, planche classique, etc…) puis on ajoute les décors, personnages, accessoires, bulles et textes. On peut très facilement déplacer un élément à l’arrière plan, annuler une action, copier/coller, retourner, pivoter, rétrécir ou agrandir…
Un premier atelier permet d’aborder à la fois les concept clés d’une BD (vocabulaire, cadrage, espace, temps…) et la mise en pratique expérimentale par le maniement de l’application. Les séances suivantes pourront ambitionner la réalisation d’une première planche moyennant l’élaboration d’un petit scénario type (situation initiale, élément perturbateur/péripéties, situation finale) éventuellement en lien avec l’humour décalé de Rosie, ce qui permet de gagner du temps en « brainstorming », notamment en ce qui concerne la psychologie des personnages.
Ci-dessous, un exemple d’une planche réalisée pendant un atelier d’1H30 :
Planche Rosie BDJe me souviens, bien avant les premières tablettes multimédia, avoir participé à la réalisation d’animations autour de la bande-dessinée dans un cadre scolaire.  Déjà, on utilisait l’informatique mais tout était laborieux tant les outils n’étaient pas adaptés à de l’initiation… Cette application aurait fait un malheur !
Le fait d’être limité à une bibliothèque d’images et de ne pas pouvoir dessiner ou importer ses propres visuels est finalement une aubaine (à moins évidemment que vos objectifs concernent la sensibilisation au métiers de dessinateur/coloriste) dans la mesure où cela permet de consacrer plus de temps à l’élaboration de la mise en scène, aux enchainements narratifs, à la cohérence des dialogues… et d’aboutir à une qualité graphique et narrative, plutôt rare pour ce type d’ateliers. Appli géniale pour développer la créativité et initier aux concepts de la BD, elle serait parfaite avec encore plus de personnages (et dans des positions différentes), d’objets, décors et, éventuellement, la possibilité d’importer nos propres images. A noter qu’une version en ligne (mais plus limitée et avec moins de personnages) existe aussi sur le site Gulli.


ToonTastic, l’usine à histoires

La version gratuite permet de tester les possibilités de cette application anglophone multi-primée mais s’avère trop limitée pour un atelier avec du public. Aussi, je vous conseille l’achat de la version « all access » (environ 18 euros) pour débloquer tous les univers (personnages/décors/objets). En terme de manipulation et de technique, on est finalement plus proche d’un spectacle de marionnettes que d’un dessin animé mais ce n’est pas un problème. Au contraire, ce procédé permet d’accélérer la création et de se concentrer sur l’histoire, le jeu d’acteur… Ce que j’apprécie avec ToonTastic, c’est qu’il incite par une interface très habile à planifier/organiser/articuler son récit. Dés le lancement et après chaque scène, un écran vous invite à créer ou modifier un schéma narratif type, le « story arc » composé de 5 événements (Setup, Conflict, Challenge, Climax & Resolution). Cet assistant narratologique (affreux ce mot) est évidemment une aide utile pour articuler ses idées et développer une histoire cohérente. L’avoir intégré au cœur de l’application et de manière aussi visuelle fait de ToonTastic un outil précieux et explique, en partie, l’intérêt qu’il suscite auprès de certains éducateurs/enseignants. Après une première phase (qui peut faire l’objet de la première séance) de découverte et de test des univers disponibles et des fonctionnalités, vos apprentis réalisateurs (en général, par groupe de deux) sont prêts pour une première œuvre qui peut démarrer ainsi :

  • Définir et valider une thématique, un univers et idéalement un brouillon de scénario.
  • Encourager les participants à se poser les bonnes questions et à organiser leurs idées éventuellement sous forme écrite :

Si certains sont en panne d’imagination, il est toujours possible d’utiliser des mots magiques comme princesse, fantôme, savant fou, cosmonaute…ils sont certainement parmi les 150 personnages (version complète). A noter qu’il est aussi possible de créer ses propres personnages, véhicules ou décor. Ils peuvent aussi tenter de reproduire une histoire qu’ils auraient lu ou visionné.

  • Utiliser l’arc narratif pour structurer (isoler & classer) en scènes la progression du récit.
  • Choisir un décor, des personnages, des véhicules… les enfants enregistrent ensuite, les déplacements et animations des différents acteurs tout en leur donnant la parole, ou en racontant, en se positionnant comme narrateur. Plusieurs prises seront souvent nécessaires pour chaque scène.

L’application enregistre en même temps les voix et les mouvements (d’où l’intérêt d’être deux). Dernière étape avant la diffusion, il est possible d’ajouter de la musique (du répertoire classique) pour chaque scènes en modulant des curseurs qui respectent l’arc narratif via un canevas astucieux mêlant l’émotion (tristesse, joie, peur…) et son intensité. Formulé ainsi, cela paraît compliqué mais ce n’est vraiment pas le cas… et on comprend immédiatement l’importance du choix de l’accompagnement musical sur la perception d’une scène, sur sa puissance dramatique.

TOONTASTIC | Creativity Rises from Launchpad Toys on Vimeo.

Bien qu’elle s’adresse à des enfants à partir de 5 ans, elle est beaucoup utilisée par des pré-adolescent notamment en milieu scolaire. A ce propos, le site officiel (en anglais) propose des pistes d’accompagnement pédagogiques : http://www.launchpadtoys.com/edu/

19 Commentaires

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  18. par bgre sur 2 février 2017  17 h 03 min Répondre

    Bonjour,
    le dernier lien (avec pistes d'accompagnement pédagogique) est mort.
    merci pour cet article à part ça :)

    • par Jean sur 2 février 2017  18 h 59 min Répondre

      @bgre C'est corrigé, merci à vous !

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