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Améliorez votre communication : l’affiche

Si son utilité sociale est globalement reconnue, la bibliothèque, en plus de son cortège de clichés passéistes suscite encore largement l’indifférence auprès du grand public… L’affiche bricolée avec Word (ou un autre outil inadapté) entretient, à mon sens, cette symbolique. Encore aujourd’hui, j’avoue associer le rendu graphique des affiches/Flyers de bibliothèques à celui des petites associations. Un soupçon de ClipArt, une pincée de WordArt (#so90’s…), des combinaisons de couleurs et des polices de caractères farfelues : cela en devient presque une marque de fabrique !

Heureusement, les bibliothèques prennent de plus en plus au sérieux leur communication au point que certains grands établissements disposent désormais, en leur sein, d’un département communication et que se développe le recours aux compétences extérieures (agences spécialisées), en plus de l’incontournable service de communication municipal.

Cet article est plutôt destiné aux structures souvent de tailles plus réduites, qui, pour diverses raisons, se chargent, en interne, de réaliser leurs propres affiches. Le service communication de la mairie ne peut, en effet, pas toujours couvrir toutes les animations qui rythment le quotidien d’une bibliothèque ( Heure du conte, Ateliers multimédia, …). Pourtant, il faut bien communiquer, y compris sur ces petits événements, et comme le rappelle justement mon collègue Stéphane dans un article récent, « Que vous le vouliez ou non, vous communiquez ! » alors autant soigner l’image que l’on renvoie au public.
La communication est un vaste sujet qui dépasse, évidemment, ainsi que ne manque pas de le rappeler chacune des journées ou congrès professionnels sur le sujet, la problématique de la création d’affiches. Pourtant l’affiche qui sert à promouvoir un service ou une animation est, par nature, un des vecteurs les plus visibles de la communication de nos équipements.
J’aimerais démontrer qu’il est possible de réaliser des affiches (papier ou web) dont la qualité s’accorde avec celles des animations et services rendus par nos établissements sans pour autant devenir graphiste, et y sacrifier un temps de travail déjà bien morcelé par la multiplication des missions.
Au cœur de toute stratégie de communication réussie, le respect d’une charte graphique, volontairement occulté, dans cet article aux visées pragmatiques, est évidemment fondamental. Avant de vous lancer, je vous invite donc à vous rapprocher de votre service de communication, afin de valider et éclaircir les conditions dans lesquelles vous pourriez réaliser vos propres supports communicationnels. De même, je n’aborderai pas les stratégies et moyens techniques de diffusion de ces supports (Porte-affiche, réseaux, …).
Plus spécifiquement, je souhaite traiter, ici, de la réalisation d’affiches par l’utilisation de photographies. J’aborderai éventuellement l’infographie pure dans d’autres articles.

Deux types de matériaux :

  • vos propres photographies

Si vous possédez un APN et un trépied, prenez une heure pour photographier votre équipement sous tous les angles qui vous semblent intéressant (en veillant au respect du droit à l’image/droit d’auteur). Travaillez, si possible, en RAW afin de pouvoir facilement corriger les problèmes d’exposition ou autres, à défaut, pensez à faire la balance des blancs et aux niveaux (Photoshop, Gimp, … ). Essayez d’observer votre structure sous un regard neuf. Ne repérez pas seulement les objets mais aussi les couleurs, les symétries, les textures à mettrent en scène. Soignez le cadrage (règle des 3 tiers) et la zone de mise au point. Vous allez ainsi vous constituer un capital image propre à votre lieu qui vous sera utile pour de futurs supports de communication.

  • les photographies du web

Je fais référence à celles tombées dans le domaine publique, mais surtout, à celles partagées sous une licence Creative Commons (CC). Attention, dénicher l’image en CC susceptible de coller à votre projet d’affiche (potentiel évocateur, résolution suffisante, licence permettant la modification, qualité globale de l’image…) n’est pas une tâche facile. (Si vous en avez la possibilité financière, privilégiez une banque d’images payantes de type microstock.)
Parmi tous les moteurs de recherche d’image en CC, Flickr, grâce à sa large communauté de photographes partageurs, est un des plus riches. Vous pouvez utiliser directement la recherche avancée de Flickr et limiter la recherche au contenu sous licence Creative Commons en veillant à cocher « Rechercher du contenu à modifier, adapter ou développer ». Cependant, je lui préfère le site parallèle FlickrCC qui va localiser sur Flickr les images sous licence CC. De la même manière, en sélectionnant «For editing», vous restreignez votre recherche aux images dont la licence autorise leur modifications (derivative works). Pour information, il s’agit de ces 4 licences :

  • Paternité (CC BY);
  • Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales (CC BY-NC-SA);
  • Paternité-Partage des Conditions Initiales (CC BY-SA);
  • Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale (CC BY-NC)

De ce fait, utiliser ce type d’images, implique au minimum de mentionner l’auteur. Il faudra aussi, si la licence stipule « Partage des Conditions Initiales », mentionner le type de licence (le terme abrégé, par exemple « CC-BY-SA », suffit alors). Sur une affiche cela se concrétise généralement par une ligne de texte verticale sur un coin.
Attention, toutes les œuvres partagées sous licence CC, ne respectent pas le droit d’auteur ; certains photographes peuvent ainsi, souvent par ignorance, partager et en plus appliquer une licence CC à des images qui enfreignent le droit d’auteur. Il faut, en effet, au regard du droit d’auteur, détenir les autorisations nécessaires pour tous les éléments représentés (produits, personnes, bâtiments…). Cela dit, ce problème concerne aussi les banques d’images payantes… Il faut, en premier lieu, faire preuve de prudence et de bon sens. Une capture d’écran d’un jeu vidéo (même sous licence CC !) comme il y en a beaucoup sur Flickr a de grandes chances de ne pas être en accord avec les ayants droit. Au contraire, un dessin inspiré d’une photo personnelle et qui fait partie d’une série comme celle de Lucia Whittaker, a plus de chances d’être la propriété exclusive de la personne dont vous pouvez d’ailleurs observer le portfolio. D’autre part, même si la licence CC ne le prévoit pas, il est toujours bienvenu, et disons courtois, dans le cadre d’une diffusion, de  signaler à l’auteur l’utilisation que vous faites de son œuvre.

Exemple « 100% gratuit » : Pixlr + photo CC

Afin de montrer qu’il est possible de réaliser des supports graphiques de qualité avec des ressources gratuites, j’ai utilisé le logiciel en ligne (!) Pixlr Editor ainsi qu’une photographie en CC de l’artiste Lucia Whittaker pour concevoir ces deux affiches d’une « heure du conte » factice.

heure du conte affiche médiathèque bibliothèque mediaenlab communication pixlrLa photographie originale sous licence « Attribution 2.0 Générique » (CC BY 2.0) est l’œuvre de Lucia Whittaker.

Dans ce cas, il est vrai que tout repose sur la qualité de l’image et de son sujet (une petite fille très expressive qui semble retenir son souffle à l’écoute d’un conte venu des steppes orientales…).  Une fois l’idée du message trouvée (valoriser le conte issu de culture lointaine, source d’émerveillement…), un simple bloc de texte suffit pour que l’image prenne tout son sens. L’ajout de quelques formes basiques colorées (attention aux accords) ainsi qu’une répartition soignée des textes permet d’équilibrer la composition et, dans ce cas, de mettre en valeur le sujet.

heure du conte affiche médiathèque bibliothèque mediaenlab communication pixlr

L’application en ligne Pixlr (pensez à mettre à jour Flash) ressemble beaucoup à Photoshop (interface, raccourcis clavier, gestion des calques, ouverture des PSD !…) avec bien sûr nombre d’outils/fonctions en moins, mais la base est là… Un des inconvénient de Pixlr est sa gestion du texte (limitée à 130 px, rotation impossible à moins de pixéliser le calque…). Une fois pixélisée vous pourrez augmenter sa taille mais au détriment de la qualité… Préférez, éventuellement, Gimp comme éditeur graphique gratuit, si vous aimez les gros blocs de texte et disposer de plus de fonctions.

Pour vous initier à Pixlr, vous pouvez consulter le support de formation « Retoucher ses photos avec Pixlr » des médiathèques de Villeurbanne rédigé par Lény Joubert. Je consacrerai prochainement des tutoriels à ce logiciel.

Exemple « 95% gratuit » : Phoster + Photo Perso

J’aimerais aussi partager une application iOS assez géniale : Phoster.
Elle reprend les codes utilisés par les graphistes lors de la création d’affiche. Si l’application, par nature, formatée suscitera le mépris de tous bons graphistes, elle offre néanmoins une qualité de rendu inespérée pour notre situation (manque de temps, d’argent et nécessité de réaliser en interne…). De plus, cette application permet de se former par l’observation  de modèles respectant un ensemble de règles graphiques et d’éventuellement appliquer ces connaissances au moyen, cette fois, d’un véritable logiciel d’édition graphique offrant toute liberté de création. Son principal défaut est de n’être qu’une application mobile, de surcroît exclusivement iOS (elle n’existe pas, et je n’ai pas trouvé d’équivalent de cette qualité, sur Android). Phoster, quand elle n’est pas en promotion, coûte 1,79 euros  (0,89 euros au moment où j’écris ces lignes). L’application vous permet de sélectionner différents formats d’affiches (carré, portrait, paysage) et vous propose, en tout, près de 200 modèles, la possibilité d’ajouter vos propres photos, de mettre vos textes, de choisir couleurs et textures, de publier les résultats directement sur les réseaux sociaux ou de les sauvegarder. Cette dernière possibilité nous intéresse si vous souhaitez les imprimer. La dernière mise à jour offre, à ce propos, une résolution de sortie qui vous permet d’envisager un format A3. (4096 x 2896 pixels pour les possesseurs d’iPad 3ème génération). Des achats intégrés (assez superflus) permettent d’enrichir encore un peu plus le contenu avec différents filtres.

Les deux exemples d’affiches ci-dessous ont été réalisés, en un temps record, grâce à cette petite application :

affiche médiathèque bibliothèque communiquer coup coeur phoster ios poster communication

affiche médiathèque bibliothèque communiquer phoster ios poster communication  revues

Phoster dans la pratique

Pour créer une affiche, il faut d’abord choisir un modèle, lesquels sont divisés en catégories selon la forme de l’affiche (carrée, portrait ou paysage). Tous les modèles sont livrés avec un texte de substitution et de l’espace pour une image, selon la conception, en arrière-plan ou dans un espace dédié. Importez une image suffisamment grande dans l’application Photos de l’Ipad (ici, j’utilise Itunes). Une fois dans Phoster, la « library » vous donnera accès à ces photos.

Une fois choisie, l’image peut être déplacée , agrandie et tournée en utilisant la gestuelle iOS. Sa luminosité, son contraste et sa saturation peuvent être ajustés via un panneau de contrôle spécial. Les zones de texte du modèle peuvent être modifiées, déplacées et supprimées en appuyant dessus. Des nouvelles zones de texte peuvent également être ajoutées manuellement si l’utilisateur le désire. Si la largeur des zones de texte prédéfinies n’est pas extensible, il est possible d’en créer de nouvelles qui, elles, le seront.

Une fois l’édition des textes terminée, une pression sur le bouton « suivant » dans le coin de l’écran permet d’accéder à un ensemble de filtres à appliquer à l’image (vignetting, color2, grid, dot, stripe peuvent être intéressants à tester). Cependant ces filtres ne sont pas éditables et si certains conviennent à votre image, cela tiendra plus de la chance que d’un véritable choix graphique. Dernière étape, la sauvegarde puis l’exportation vers, par exemple, votre messagerie. Encore une fois, ce n’est pas un outil professionnel et peut-être faut-il plus l’appréhender comme un (beau) jouet d’initiation au graphisme (même s’il peut rendre des services !).

Recommandations

Quelques règles que j’applique à mes compositions :

  • Faire simple
    Un seul bandeau de texte avec une couleur éventuellement transparente sur toute la largeur d’une photo (bien cadrée, bien exposée…) suffit parfois.
  • Soigner ses polices avec un maximum de trois polices différentes dont au moins 2 neutres comme Helvetica
  • Bannir toutes les images dont la résolution est inadaptée.
  • Commencer par privilégier les contrastes simples ou « triangulaires » au moyen de couleurs complémentaires (utiliser une roue chromatique)
  • Equilibrer la composition (utiliser la règle des 3 tiers)
  • Faire preuve d’un peu d’audace (en restant simple !) : Taille de caractères, Message, Cadrage, transparence des calques…
  • A défaut de suivre une éventuelle charte graphique, une fois un style adopté, essayer de le reproduire (par exemple établissez un style pour les affiches heures du conte). Cela renforce votre identité visuelle et par là votre crédibilité.

Si vous souhaitez allez plus loin, pour vous former aux bases du graphisme, il existe quantité d’ouvrages. Celui de John McWade (Merci Stéphane), de par son coté pratique et sa pédagogie est un incontournable pour le néophyte.

De plus, ainsi que le rappelle (voir les commentaires plus bas) l’artiste-graphiste-photographe… Julien Brachhammer, «  un minimum de culture visuelle reste tout de même indispensable : les travaux des grands graphistes affichistes du monde entier sont les meilleurs repères pour aiguiser son œil, écarter ses œillères et progresser… ».
Dans cette optique, je vous invite à consulter ses deux sites :
http://www.pinterest.com/julienbrkmr/posters-inspiration/
http://soixante-millions-de-graphistes.tumblr.com/

A télécharger

Parce que tout le monde n’a pas un réflex, qu’il est difficile, dans notre domaine, de trouver des photos correctes, et que c’est la période des cadeaux, j’offre sous licence CC BY-NC-SA 3.0 les deux photographies utilisées plus haut représentant un magazine roulé et un livre « Coup de cœur ».  Vous êtes donc libre d’utiliser, diffuser et modifier ces photos sous réserve de mentionner « Crédit Image : Jean Alvin » en tout petit sur un coin, et de respecter les termes de la licence (pas d’utilisation commerciale). A vous de jouer !

Magazine_CC-BY-NC-SA_Jean_Alvin.jpg
Version allégée (1,4 Mo) :
LDMagazine_CC-BY-NC-SA_Jean_Alvin.jpg

Coupdecoeur_CC-BY-NC-SA_JeanAlvin.jpg
Version allégée (<1 Mo) :
LDCoupdecoeur_CC-BY-NC-SA_JeanAlvin.jpg

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9 Commentaires

  1. Pingback : Améliorez votre communication : l’...

  2. par Julien sur 28 décembre 2013  12 h 08 min Répondre

    Merci pour cet article !

    Petites précisions et réactions personnelles si je peux me permettre ;-)

    * un minimum de culture visuelle reste tout de même indispensable : les travaux des grands graphistes affichistes du monde entier sont les meilleurs repères pour aiguiser son œil, écarter ses œillères et progresser...Pinterest est un réseau très pratique pour ça : parmi tant d'autres, je vous propose un de mes tableaux ;-)
    http://www.pinterest.com/julienbrkmr/posters-inspiration/

    * A l'inverse, ce qu'il ne faut absolument pas faire peut être tout aussi utile à voir : tous les conseils que vous donnez (faire simple, équilibré, sans trop de typos, etc.) peuvent faire mal aux yeux s'ils sont oubliés... La preuve avec mon tumblr ;-)
    (Je me permets une dernière pub pour celui-ci, car j'ai reçu beaucoup de messages de profs/formateurs qui l'utilisent en tant que contre-exemple...)
    http://soixante-millions-de-graphistes.tumblr.com/

    * Vous oubliez de parler de Scribus, qui est en gros à InDesign ce que Gimp est à photoshop... Certes, le logiciel n'est pas intuitif ou simple d'accès, mais, en tant que gratuit, il me parait indispensable pour créer librement...

    * Concernant le choix des visuels : en plus des photos cc de flickr, de plus en plus d'établissements de type musées/ bibliothèques mettent à disposition gratuitement et librement leurs fonds: ce qui offre une infinité de trésors tombés dans le domaine public en HD... J'en citerais deux, mais il y en a plein d'autres :
    - https://www.rijksmuseum.nl/en (fabuleux!)
    http://www.flickr.com/photos/britishlibrary (les images de la British Library sur flickr...)

    Ces chefs d'oeuvres peuvent donner des affiches originales et uniques... Surtout que les photos cc flickr sont souvent - parfois- un peu kitchouilles ou identiques...

    Voilà c'était ma modeste contribution à cet excellent article ;-)

    Julien

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  5. par Jean sur 29 décembre 2013  11 h 30 min Répondre

    @Julien Merci pour ce commentaire riche d’enseignements.
    Entièrement d’accord avec les 4 points/précisions que vous apportez.
    Je n’ai pas abordé la nécessité d’acquérir une culture graphique parce que je craignais de faire fuir mon « cœur de cible », les professionnels des bibliothèques, devant ce nouveau défi.
    Pourtant, je reconnais que c’est peut-être la première recommandation à donner… Vos deux sites répondent justement et concrètement à ce besoin. A ce propos, votre Tumblr est essentiel si on l’envisage, ainsi que vous le suggérez, comme un contre-exemple pédagogique. Je ne manquerai pas de le partager !
    Je me suis d’ailleurs permis de vous mentionner sous la partie « recommandations ».

    Je n’ai pas développé la partie « Domaine public» avec notamment, le groupe Flickr « The Commons », essentiellement parce que ces collections sont en majorité des photographies N&B ou des illustrations scannées, et à moins de travailler au quai Branly ;-) (j’adore vos affiches !), peu seront exploitables pour des affiches de bibliothèques mais je n’ai peut-être pas assez fouillé... Cela dit, le Rijksmuseum avec ses milliers d’objets et ses tableaux photographiés en HD, le tout en domaine public constitue effectivement une mine d’or graphique (reste à trouver l’astuce pour dégoter la pépite exploitable).

  6. par Creadisplay sur 10 janvier 2014  15 h 03 min Répondre

    On a souvent besoin de communiquer sur son activité. Qu'on prenne nos propres photos ou celles sur Internet, présentes sur les banques d'images, il faut tout de même savoir les travailler et les agencer pour avoir un résultat correct, ce qui n'est pas donné à tout le monde !

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